En Allemagne, Extrazimmer désigne une “pièce en plus”, sans usage prédéfini. Une “chambre à soi” pour citer l’écrivaine britannique Virginia Woolf (1882-1941), une extension, un lieu d’expérimentation : en somme, une pièce ouverte à tous les possibles. Et c’est bien de cela qu’il s’agit dans le projet impulsé par Joël Riff pour La Verrière : élargir la focale, créer la rencontre, favoriser ce qui ne peut advenir ailleurs.
L’exposition “Extrazimmer” accueille le travail de Caroline Achaintre qui se déploie à partir de techniques artisanales pour créer des formes aux multiples influences, des arts premiers aux cultures urbaines, de l’expressionnisme allemand au design postmoderne. À La Verrière, elle dévoile une série de tapisseries, la plupart réalisées spécialement pour ce projet, autour d’une pièce monumentale qui n’a été présentée qu’une seule fois au public. Cette tapisserie engage ici un dialogue avec d’autres pièces de l’artiste issues du même procédé, le tuftage de la laine à la main. Son format hors normes (350 x 440 cm) et ses traits saillants lui confèrent une présence subtilement inquiétante, renforcée par son titre Gobbler – que l’on pourrait traduire par “glouton” –, contrastant avec la douceur duveteuse de la laine. Elle côtoie plusieurs autres tapisseries, porteuses chacune d’un univers de couleurs et de formes, “créatures hybrides mêlant esprit de carnaval, anthropomorphisme et science-fiction”, selon Joël Riff.