La question de l’altérité, au cœur de toute vie sociale, pose les problèmes fondamentaux du rapport à l’autre, qu’il soit étranger ou différent. Qu’il effraie, fascine ou dérange. Qu’on le tolère ou qu’on le rejette. Elle pose aussi le problème du rapport à soi-même.
Dans cette série de photographies de Richard Renaldi, réalisées depuis 2007 et montrées pour la première fois à la Gallery at Hermès, la question est posée. À quel moment l’autre cesse-t-il d’être un étranger ? Les codes sociaux de la société nord-américaine ne jouent pas aisément du contact physique. Dans la série Touching Strangers, l’artiste met en scène de parfaits inconnus et les rapproche dans des poses familières ou familiales. Son objectif, déclare-t-il, est de « provoquer de l’imprévisible au sein d’une photographie traditionnelle, de créer une relation spontanée et passagère entre des étrangers devant l’appareil. »
Il se dégage de ces clichés une intensité psychologique hors du commun. Le mouvement d’un bras ou d’une main posée sur l’autre provoque tour à tour austérité, effet comique, intimité, retrait. À chaque image une connexion entre les êtres s’opère, un lien se tisse. Il trahit pourtant une retenue. C’est tout l’objet du travail de Richard Renaldi qui, à l’instar des photographes August Sander, Diane Arbus et Garry Winogrand, explore sans relâche l’altérité et ses possibilités infinies…